Vanya Orr et son projet des collines de Niligris
Je ne connais pas Vanya Orr personnellement : je l’ai connue grâce à Paul Matts, un membre d’Herbalistes sans frontières, qui est venu me rendre visite juste après un voyage en Inde, durant lequel il a eu l’occasion de passer du temps chez cette femme merveilleuse. Après son départ, j’ai eu très envie de rencontrer et d’aider Vanya. Je l’ai donc contactée, et aujourd’hui, elle est devenue membre d’honneur d’Herbalistes sans frontières.
Voici son histoire et celle de son projet. Je ne suis pas encore allée dans les collines de Niligris, mais j’espère bien avoir l’occasion un jour…
Vanya Orr, était une quaker, infirmière, botaniste, jardinière et soignante. Dans les années 1980, elle dirigeait un centre d’accueil avec une ferme, pour personnes handicapées avec de grosses difficultés d’apprentissage au Pays de Galles. En 1994, elle fit un voyage à Quiquina dans le Sud-Ouest de l’Inde avec sa mère, à 80 km de Mysore (où elle travaille actuellement). Le but était de visiter le lieux où sa mère – et ses 11 frères et sœurs – et sa grand-mère avaient grandi. En effet, les arrière-grands-parents de Vanya, ont vécu dans cette région depuis 1824, et ils y sont enterrés. A l’époque, la Quiquina était une région très prospère : on y produisait la quinine, que les forces britanniques utilisaient comme remède efficace contre la Malaria. Les indiens les plus pauvres pouvaient également se procurer ce remède pour 3 paise le paquet (100 paises = 1 roupie, actuellement 71 roupies = 1 £). Cependant, au fil des années, la région a connu un déclin économique sévère.
Lorsqu’elles sont arrivées en Quiquina en 1994, les villageois savaient qui étaient Vanya et sa mère. Vanya était horrifiée par la pauvreté et le désespoir de ce peuple sur le déclin, qui avait été si fier autrefois : ils étaient « brisés » et ne savaient plus où ils allaient. Les gens du village étaient en conflit avec la Commission des Forêts au sujet des droits à la terre, et les femmes, qui étaient autrefois le pilier des familles, étaient largement déstabilisées et maltraitées de façon inacceptable – même pour la norme indienne.
Les villageois demandèrent de l’aide à Vanya. Celle-ci, très touchée par le désarroi émotionnel et la désolation économique de ces habitants a accepté de les aider, l’Office des Forêts du District ayant confirmé que le village était en détresse et qu’ils soutenaient Vanya. Elle rentra en Angleterre, elle régla ses affaires et retourna en Inde, où elle vit encore aujourd’hui…
Elle transforma la région de Quinquina en l’espace de cinq années, grâce à l’aide du Fond Miriam Dean, un trust de charité anglais (environ 4000 £ d’aide à l’époque). Les maisons furent réparées, et un bâtiment central fut construit… un lieu de réunion, où l’on pouvait retrouver l’esprit de communauté et prendre des décisions.
Grâce aux gains obtenus par les groupes d’entraide et à quelques fonds accordés par le gouvernement local, les villageois qui travaillaient dans la pépinière purent recevoir des salaires.
Un jardin de plantes biologiques fut créé, en se basant sur le savoir traditionnel qui avait été largement oublié. L’équipe était composée de 30 femmes et 4 hommes, qui utilisaient uniquement des fertilisants naturels. Plus de 400 plantes et plantes médicinales ont été cultivées, avec tout le potentiel économique et nutritionnel qu’elles représentent. Une activité de distillation d’huiles essentielles florissante a été créée, et des marchés trouvés grâce à la coopération avec la Commission Indienne des Epices. 400 000 Géranium et Romarins ont été vendus en 1999.
Le groupe de femmes pour la santé a été formé dans le but de donner des conseils et du soutien dans les domaines de la santé, la nutrition, le soin aux enfants, l’hygiène et les questions de lutte contre les maltraitances. Les femmes Indiennes commencèrent à célébrer leurs retours aux traditions : l’esprit de la communauté commençait à revivre grâce à leur travail !
En 2000, Vanya déménagea non loin de Quinquina pour permettre à ce village de prendre son indépendance. Elle vécu dans une étable au milieu de nulle part, avec des abeilles dans la charpente, et des animaux sauvages comme voisins, mais elle avait prouvé que son rêve était réalisable : le programme qui fonctionnait à Quiquina pouvait maintenant être reproduit ailleurs !
Durant les 8 dernières années, Vanya a créé une pépinière bio modèle qui a fait ses preuves. Cette année, elle a pérennisé son travail par l’achat d’un terrain à Kollimalail pour une nouvelle pépinière modèle. En 2007, elle a reçu une subvention de la FAO, des Nations Unis, pour un programme de développement durable sur un terrain voisin, sur lequel des plantes médicinales allaient être cultivées, pour fourni le village en plantes. Vanya organise des journées de séminaire à la ferme, organisées avec les populations locales, au cours desquelles elle propose des services, vend des graines et des plantes à des prix abordables à la pépinière.
A ce jour, elle a reproduit ce programme modèle dans 58 villages, plus, si on tient compte du programme de santé et des groupes de soutien, 20 autres villages dans un rayon de 60 à 80 km. Jusqu’à présent, les transports étaient assurés par des cars délabrés et des voitures cabossées par les bisons, qui tombaient tout le temps en panne – des transports de second main amélioreraient son efficacité !
Le comité du conseil horticole du gouvernement local a reconnu l’utilité du projet de ferme biologique de Vanya, qui a permis de transformer du terrain « mort » en région fertile et productive. Tout cela a pris du temps et nécessité beaucoup d’engagement. Les fermiers doivent convertir leurs terrains graduellement, afin de continuer à pouvoir vivre de leur travail tout en effectuant leur conversion. Mais le jeu en vaut la chandelle !
Conclusion :
Le travail de Vanya – sa vocation – va bien au-delà de ce que nous avons décrit. Elle fait un travail de fonds, sur le terrain, avec les cultures locales. Elle est très appréciée, et elle n’hésite pas à relever des défis, surtout lorsqu’elle constate des injustices. Elle a choisi de ne rien posséder d’autre que ses vêtements (selon les standards occidentaux !). Ainsi, lorsqu’elle visite un village, elle est perçue non pas comme quelqu’un venant offrir la charité mais quelqu’un qui donne d’elle-même. Elle est donc traité avec un grand respect.
Liens vers les pages décrivant le projet de Vanya :
http://projectgroundswell.com/2012/02/03/a-vision-for-the-future-founder-of-earth-trust-vanya-orr/
http://www.resurgence.org/magazine/article2618-Vanya-Orr.html
http://www.friendsofhope.org.uk/